Guide Technique des Ciseaux à bois
Le ciseau à bois est bien plus qu'une simple lame. Il est l'instrument de la précision en menuiserie et ébénisterie, essentiel pour l'exécution des travaux les plus fins. Il fait partie de la catégorie des outils tranchants dont l'état, notamment l'affûtage, est indispensable pour obtenir un travail de qualité.
I. Définition et constitution du ciseau
Le ciseau, de même que le bédane et la gouge, fait partie des outils tranchants à bois. Un ciseau à bois se compose d'une lame de fer et d'acier fixée dans un manche de bois, lequel est généralement cylindrique ou à plusieurs pans et long d'environ 13 cm. La lame est renforcée par une lame de fer soudée à plat sur la lame d'acier. Pour le menuisier, l'outil n'est tranchant qu'à son extrémité.
La composition spécifique des aciers
La constitution des outils varie selon leur fonction et leur type d'acier :
- Ciseaux et bédanes : composés de fer et d'acier, mais n'ont de l'acier que sur le dessus (la planche), le fer est en dessous.
- Fermoir : a son acier au milieu, soudé entre deux lames de fer.
- Gouge : a son acier à l'extérieur.
II. Les variantes : fermoir, bédane et gouge
- Le fermoir : sert à tailler les tenons (partie mâle de l'assemblage).
- Le bédane (ou bec-d'âne) : entaille profondément le bois, taillé sur le champ du fer, souvent frappé au maillet ; doit être bien d'équerre pour ne pas chasser de côté lors du perçage d'une mortaise.
- Le bec-de-cane : espèce de bédane plus allongée, plus faible et plus étroite, pour petits objets et bois mous.
- La gouge : ciseau dont le fer est cannelé ou courbé en demi-cercle ; sa cannelure doit être bien creusée pour un tranchant en demi-cercle régulier.
III. La maîtrise de l'affûtage : précision du tranchant
L'affûtage se fait en trois phases :
- L'aiguisage / dégrossissage (meule à eau)
- Le morfilage / polissage (pierre)
- L'affilage / démorfilage (pierre ou cuir, ou en frottant l'arête contre du bois tenu verticalement)
Géométrie et angles techniques
L'angle du biseau est souvent de 22°, mais pour le ciseau du menuisier on retient plutôt 30° (tiers de l'angle droit). Le biseau doit être rigoureusement plan (sans contre-biseau) et l'arête doit être d'équerre — un point essentiel pour les bédanes.
Pierres et lubrifiants
L'eau est souvent préférée (elle donne plus de mordant). L'huile (olive ou vaseline) donne un fil plus vif et fin, réservée parfois aux grattoirs. Il faut nettoyer et graisser l'outil après affilage pour éviter la rouille.
IV. Implication dans les travaux de menuiserie
- Assemblages : tenons et mortaises ; éviter les nœuds et imperfections.
- Corroyage ciselé : pour bois chantournés, recours historique au ciseau, à la râpe et au racloir.
- Préparation du bois de bout : entamer avec le ciseau pour localiser le trait de scie.
- Manche d'outils : le cormier, bois dur, lourd et résistant au maillet, est recherché pour les manches.
En conclusion, l'étude du ciseau à bois, ou de ses frères spécialisés comme le bédane, révèle l'exigence du métier : l'outil lui-même est une structure composite complexe (fer et acier selon le type d'outil), et sa performance dépend entièrement de la géométrie précise de son tranchant (22° ou 30°, et parfaitement d'équerre), faisant de l'affûtage la véritable pierre angulaire de la menuiserie de précision.
— Martin GEZE